L'orthophonie à médiation animale

Qui suis-je ?

Ludivine Leroux

Formation initiale :
• licence en psychologie
• master en orthophonie
Formations continues :
• sur l'accompagnement des enfants présentant un retard ou un trouble du langage oral et/ou un trouble des apprentissages : la méthode distinctive (une méthode qui permet de recréer la dynamique de base : motivation, attention et imitation, pour rétablir le patient comme acteur et créateur de langage oral/écrit), en gestion mentale (démarche qui explore, décrit et étudie les gestes mentaux de la connaissance dans leur diversité pour favoriser les apprentissages), en logico-mathématiques (sur les premiers raisonnements et l'émergence du langage chez des enfants en grandes difficultés (PREL), sur le bilan et la rééducation logico-mathématiques des enfants de maternelle, primaire et collège).

• sur l'autisme : ABA, ABA VB, sur les habilités sociales et les particularités sensorielles des personnes avec autisme
• sur la trisomie 21
• sur la dyspraxie
• sur les moyens de communication alternatifs et augmentatifs (PECS, makaton)
• en éthologie équine avec Eva Piccoz, Marion Cattani et Violaine Marjana. Je suis en train de valider mes savoirs en éthologie auprès d'Isabelle GHESQUIERS à La Cavalcade et de me former à la méthode Relation Complicité Alegria auprès de Julie et Thierry Laffitte.
• en zoothérapie à l'institut français de zoothérapie : l'autisme et la médiation animale ; l'éducation du chien médiateur ; éthologie équine et équitation thérapeutique ; l'éducation de l'âne médiateur.
• nombreuses lectures sur l'autisme, l'éthologie équine, la communication bienveillante, la spiritualité, les 5 accords toltèques...

Ma philosophie

Les personnes que j'ai côtoyées, les expériences difficiles que la vie m'a offerte, une pratique quotidienne de la méditation de pleine conscience et mes lectures m'ont permis de développer une certaine philosophie de la vie et une grande spiritualité. Je pense que tout à un sens dans la vie, même les situations les plus dramatiques sont accompagnées d'éléments positifs qu'il est nécessaire de rechercher et de cultiver. Après une phase d'injustice et d'incompréhension, il est possible de comprendre le message ou l'enseignement porté par la situation, même s'il est parfois nécessaire d'attendre plusieurs années pour en comprendre pleinement le sens. La vie nous envoie des signes qu'il faut écouter pour suivre notre chemin. L'apprentissage se fait malheureusement souvent plus rapidement par la souffrance car la souffrance nous oblige à changer. Il est primordial pour être heureux de toujours garder confiance en la vie et en soi-même. Même la mort peut être accompagnée dans la joie et la confiance (cf "médecins du ciel, médecins de la terre" de Maguy Lebrun). Il ne faut jamais renoncer à ses rêves, même s'il est parfois nécessaire de les adapter. Trop de gens arrivent en fin de vie avec un sentiment de regrets, de ne pas avoir accompli totalement ce pourquoi ils étaient venus sur terre, d'être passé à côté de leur chemin. Il est primordiale de ne pas nier les émotions fortes ni de se faire emporter par elles mais de les reconnaitre, les observer, les écouter, les accompagner avec des outils tels que la méditation et la zoothérapie. Je souhaite répandre l'importance d'être à l'écoute de son corps, de ses propres besoins, de développer l'amour pour soi, de laisser libre cours à qui l'on est vraiment en laissant tomber les masques pour ne pas être guider par la peur du jugement des autres sans pour autant se sentir coupable, égoïste ou narcissique... Il vaut mieux avoir 5000 personnes contre nous que trahir notre identité. Quelle que soit la direction que l'on prend on aura toujours une partie des personnes qui approuvera et une autre qui désapprouvera alors autant être aimé pour qui l'on est vraiment. Il me semble primordial d'apprendre à prendre le temps de vivre pleinement chaque instant de la vie en conscience y compris lorsque que ces moments sont moins agréables et ne pas se laisser happer trop souvent par notre bavardage mental qui nous amène à vivre dans le passé ou le futur. Il est plus qu'urgent que chacun apprenne à communiquer de façon bienveillante à l'égard de tous pour favoriser la paix, l'empathie et le respect. Nous devons toujours garder à l'esprit que les mots ont un impact sur notre interlocuteur. Tout comme une arme, ils peuvent blesser et transporter une violence passive insidieuse, néfaste et qui est à l'origine de la violence physique (cf "les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs" de Marshall B.Rosenberg).

Qu'est ce que l'orthophonie à médiation animale ?

L'orthophonie à médiation animale consiste à faire participer un animal pour nous aider à atteindre les objectifs thérapeutiques fixées avec le patient et son entourage. Nous nous concentrons sur les mêmes apprentissages qu'en orthophonie classique : bien-être, estime de soi, communication, habilités sociales, langage, lecture/orthographe, compétences logico-mathématiques, fonctions exécutives, mémoires, rééducation sensorielle, élargissement des centres d'intérets...

Pourquoi inclure des animaux en orthophonie ?

L’inclusion d’animaux à l’intérieur des processus thérapeutiques apporte une véritable motivation. Les séances sont perçues comme du jeu et non pas comme une intervention thérapeutique. La rencontre avec l'animal et la nature est souvent synonyme d’épanouissement et d’acquisition de l’autonomie et induit une prise d’initiative, une confiance en soi et une valorisation de l’individu. Les animaux ont gardé leur instinct primaire contrairement à l'homme qui s'en est éloigné au fil de l'évolution. Les côtoyer nous permet de nous reconnecter avec notre instinct et nos besoins primaires et de nous relier à la nature. Comme les jeunes enfants et un certains nombres de personnes en situation de handicap, les animaux vivent dans l'ici et maintenant, ils ont une vision du temps totalement différente de la notre, les côtoyer nous oblige à ralentir, à faire une pause ressourçante. Les animaux apportent apaisement et détente. Ils favorisent un climat propice au langage et à l’apprentissage car ils permettent d’améliorer l’attention, de se relaxer, d’augmenter l’initiative et la participation, d’apporter de la confiance en ne jugeant pas et en facilitant la communication. Très forts en communication non-verbale, ils nous invitent à communiquer autrement ce qui peut-être très riche aussi bien pour les personnes non-verbales que pour celles qui ont accès au langage. Même si la personne ne le verbalise pas forcément, elle fait une multitude d’expériences au niveau multi-sensoriel, physique, émotionnel. Les animaux permettent à la personne de se recentrer, lui apporte une forme de contenance qui favorise la gestion des émotions et diminue les troubles du comportement. Ils l'amène à améliorer de multiples capacités comme l’empathie, le respect, la coopération et le travail d’équipe. Même le pansage, le soin apporté à l'animal fait référence au soin de soi. L'animal offre une caractéristique essentielle dans le travail avec la personne handicapée : il est non jugeant. Rien dans son regard ou dans son attitude ne laisse entendre le rejet, l’incompréhension. Il accepte globalement la personne handicapée pour autant que celle-ci le respecte dans sa réalité d'animal. Il ne fait strictement aucune différence entre une personne handicapée ou « valide ».

Quels sont les bénéfices de l'animal auprès des personnes avec autisme ?

Les personnes avec autisme et les animaux pensent en images, il est donc plus facile pour eux de se comprendre, comme en témoignent plusieurs personnes ayant le syndrome d'asperger (cf livre "l'interprète des animaux" de Templin Grandin). Le néo-cortex des animaux est petit, dépourvu des fonctions exécutives, ils ne peuvent pas prévoir, manipuler, tricher, calculer... Avec l'animal, la relation est claire, simple et honnête et, cela, certaines personnes autistes le ressentent. Avec les humains, ce n’est pas la même chose, il y a tout le temps un mélange d’émotions qui rend les choses plus compliquées. Pour autant, la relation ne se construit que pas à pas, chacun selon son rythme et son rapport à l’animal. Certains monteront directement sur le cheval mais d’autres n’oseront même pas toucher l'animal au début. L'établissement d'une relation privilégiée avec l'animal les aidera à développer , si possible, selon le niveau de la personne, les compétences d'habilités sociales, de jeu, d'empathie, de respect, de coopération et de travail d’équipe. l'animal permet en outre d'enrichir les centres d'intérêts qui sont souvent restreints et répétitifs. Le travail du lien est primordial : si une personne parvient à entrer en relation avec l’animal, peut-être qu’elle peut entrer en relation avec l’humain. La rencontre avec un animal offre des expériences multi-sensorielles propices à la découverte et à l'apprentissage de la gestion des particularités sensorielles souvent présentes dans l'autisme. Les objectifs seront individualisés : pour les uns, il s’agira de développer l’affect, à travers le toucher notamment, pour d’autres de travailler l’habileté, à l’aide d’exercices de préhension, en brossant l'animal par exemple, pour d’autres encore la confiance en soi et la valorisation de la personne.

Quel est l'apport des chiens dans le soin ?

Les chiens sont les animaux les plus utilisés dans les thérapies assistées avec les animaux. Il a été prouvé qu’ils aident à améliorer la santé et le bien-être des patients. Les études comme celle de Esteves et Stokes (2008) concluent que la présence d’un chien se traduit par une augmentation des comportements sociaux et font aussi référence à l’effet calmant des chiens (Katcher et al (1983) entre autres).Ce type de thérapie se base sur l’assistance et la réalisation d’interventions où l’on introduit comme point clé l’interaction entre l’animal et la personne. Pour des personnes qui souffrent de dommages cérébraux, il est très utile de suivre une thérapie avec des chiens car ils augmentent leur motivation. En tant que méthode pour faciliter leur réhabilitation, interagir avec ces animaux leur sert d’encouragement et de manière de rester actifs. Leur donner à manger ou réaliser des activités avec eux les stimule sur le plan mental. Cela leur permet d’accroître leur attention et de faire des efforts pour suivre le rythme mis en place. Par ailleurs, cela leur évite aussi de se sentir seuls. Les chiens sont considérés comme les meilleurs amis de l’homme parce qu’ils nous acceptent sans conditions, tels que nous sommes. C’est pour cela qu’ils représentent des sortes de thérapeutes naturels, qui nous servent d’antidote pour lutter contre l’anxiété, la dépression, le stress ou la monotonie. Leur compagnie est très agréable pour les patients, surtout s’ils aiment beaucoup les animaux. Normalement, ils préfèrent récupérer aux côtés d’un autre être vivant et pas à travers une série d’exercices totalement mécaniques. En outre, le lien qui se crée entre le chien et la personne va au-delà d’une affection mutuelle. Beaucoup considèrent que ce dernier est similaire au lien qui existe entre une mère et son bébé. En conséquence de tous ces bénéfices, la thérapie avec les chiens améliore l’humeur des patients. La thérapie avec les chiens augmente l’activité physique des patients. Jouer avec eux, réaliser des activités de flexions, de torsions ou marcher permet de renforcer les muscles, les os et les articulations. Par ailleurs, cela facilite un meilleur développement du système vestibulaire et augmente la proprioception et la force musculaire. Cela améliore aussi la motricité et la coordination parce que tous les sens du patient sont convoqués, aussi bien la vue que l’ouïe ou le toucher. Grâce à des actions simples comme caresser l’animal, lui donner à manger, prendre soin de lui ou lui brosser les poils, on obtient une plus grande domination de certains mouvements spécifiques, surtout ceux des mains et des bras. Ainsi, en plus d’être un important pont de communication entre le thérapeute et le patient, la thérapie avec les chiens occasionne un apprentissage à travers les jeux. Elle favorise le contact social et le développement des habiletés de loisir.

Quel est l'apport des chevaux dans le soin ?

Par ailleurs, on a coutume de dire, dans le monde équestre, qu’évoluer au contact des chevaux est une véritable école de la vie. La patience, le sens des responsabilités, la volonté, le calme, la rigueur, la confiance en soi sont autant de qualités que le cheval nous permet de développer. Le cheval est un véritable récepteur de nos émotions, un miroir de nos ressentis. Grâce à cet effet miroir, il va permettre à la personne de cerner plus finement ses propres émotions conscientes comme inconscientes et ainsi de pouvoir les exprimer et les gérer aux mieux. Il va donner des renseignements précieux au thérapeute quant aux ressentis du patient. Il peut se révéler un aide-soignant très compétent pour accompagner des personnes handicapées physiques ou souffrant de troubles psychologiques. L’animal exerce alors un rôle protecteur. Il devient le lien « miraculeux » par lequel le patient reprend contact avec le monde extérieur. Avec l’équithérapie, le cheval devient l’allié précieux du thérapeute pour soulager les maux de ses patients. Une source de bienfaits pour le corps et surtout pour l’esprit. Et puis, il y a le portage : le cheval accepte de nous porter et cette sensation de portage renvoie la personne à son expérience de prime enfance, voire même intra-utérine, selon les travaux du pédiatre Winnicott. Le balancement, le mouvement du cheval, les sensations que ça provoque en nous : tout ça amène la personne à se sentir en confiance sur le cheval, exactement comme s’il était porté, accompagné par ses parents. De plus, l’équilibre, souvent précaire du fait du handicap, est développée grâce au pas de l’animal, allure lente et donc rassurante et agréable qui mobilise le bassin vers l’avant, l’arrière et les côtés. L'une des spécificités de l'équitation est qu'elle demande un "rajustement postural" permanent : à cheval, pour ne pas tomber, le cavalier doit s'adapter aux mouvements de sa monture et sans cesse ajuster sa position, faisant fonctionner tous les muscles de son corps, de manière plus ou moins intense selon si le cheval effectue des mouvements doux ou déstabilisants. Cela permet de trouver un meilleur ajustement tonique face aux situations nouvelles. Le rythme du pas du cheval est le même que le rythme cardiaque (environ 70 pas par minute), il est donc agréable et a un effet apaisant. La motricité des mains est sollicitée par la prise des rênes, la crinière, en caressant le cheval ou en le brossant. Ce sport permet aussi de se muscler, car bien pratiquée, l’équitation ne fait pas mal au dos, elle le muscle et peut même corriger une scoliose naissante. Elle sollicite des muscles qui ne sont pas travaillés au quotidien par la personne à mobilité réduite. Le pas du cheval sollicite 360 muscles chez le cavalier et induit un mouvement inconscient de 8 du bassin qui stimule les terminaisons nerveuses de la moelle épinière. C’est une sensation nouvelle pour certaines personnes et une occasion agréable de se déplacer. Le cheval, en effet, peut faire vivre au cavalier lourdement handicapé un mouvement qu’il ne pourra jamais lui-même initier et le faire travailler sur des espaces du corps qui, du fait du handicap, ne sont jamais sollicités. Il peut même redonner des sensations de marche aux personnes qui ne peuvent pas ou plus marcher. L'équitation procure un réel sentiment de liberté. La personne peut alors se déplacer sans son fauteuil roulant. Imaginons ce qui se passe dans la tête d'une personne en fauteuil roulant qui, un beau jour, prend conscience qu’il n’est plus obligé de lever la tête pour regarder les autres. La complicité homme/cheval en fait un sport privilégié pour permettre à la personne accidentée , en situation de handicap ou malade psychiquement ou physiquement de se reconstruire. Le plaisir sera recherché avant tout. L'armée utilise l'équithérapie pour accompagner et rééduquer ses soldats blessés ou traumatisés psychologiquement et obtient ainsi de très bons résultats.